
Médias de masse
Dalí a toujours défendu le fait que le grand public comprenait mieux l'art que les spécialistes et, pour connecter avec lui, il n'a pas hésité à utiliser les médias de masse comme le cinéma, la télévision et la publicité.
Derrière l’image publique d’un personnage histrionique et même frivole, Dalí cache une personnalité curieuse de tout ce qui l’entoure, en particulier de ce qui a à voir avec les sciences. Tout au long de sa vie, il s’abonne à des revues dans des diverses disciplines scientifiques, qu’il lit attentivement pour trouver des sources d’inspiration pour son processus de création.
En savoir plusLa combinaison art et science débute pendant la phase surréaliste avec un intérêt particulier pour les théories freudiennes. D’autres phases succèdent où les peintures de Dali sont influencées par des disciplines spécifiques telles que la physique atomique, la biologie ou l’optique.
Quand on considère le côté scientifique de Dalí, son travail se présente sous un jour nouveau, où ce qu’il peint et crée a du sens et de la cohérence, démontrant une réflexion profonde et un travail rigoureux derrière sa production artistique.
L’influence des théories psychanalytiques de Sigmund Freud sur l’idéologie du mouvement surréaliste est bien connue. Cependant, Dalí est allé plus loin. La lecture du livre « L’interprétation des rêves » l’a profondément marqué et a été la première étape d’un cheminement personnel et artistique qui l’amène à créer ce qu’il nomme lui-même la « méthode paranoïaque-critique », destinée à approcher la réalité en mêlant perception subjective et projection.
Ses grands thèmes picturaux étaient en phase avec les questions privilégiées par la psychanalyse et surtout il aborde la mort et le sexe avec des toiles aussi remarquables que le Visage du Grand Masturbateur (Rostre del gran masturbador) (1929).
La Seconde Guerre mondiale et le largage des bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki ont eu un fort impact sur Dalí. L’énorme capacité destructrice d’artefacts construits selon des théories physiques basées sur l’étude des plus petites particules de matière (atomes) apparaît alors qu’il décide de retourner à Portlligat. Alors, il annonça qu’il embrassait le mysticisme, laissant derrière lui sa période la plus sacrilège et antireligieuse. Cependant, il précisait souvent qu’il s’agissait d’un « mysticisme atomique ».
Son tableau le plus célèbre à cette époque est « Léda atomique » (Leda atòmica), où Gala et les objets qui l’entourent apparaissent suspendus.
Son intérêt pour l’atomisme conduit Dalí à une nouvelle étape inspirée par les théories sur l’antimatière du physicien allemand Werner Heisenberg. L’artiste en rend compte lui-même dans son « Manifeste de l’anti-matière » (manifest antimatèria) publié en 1958 dans le catalogue de l’exposition à la Carstairs Gallery de New York.
L’obsession de Dali se tourne alors vers la corne de rhinocéros qui, selon lui, est structurée selon une spirale logarithmique parfaite.
Dalí suit attentivement les grandes avancées scientifiques de son temps et lorsqu’en 1962 l’Académie suédoise décerne le prix Nobel à James Watson et Francis Crick pour la découverte de la structure de l’ADN, il s’intéresse à la biochimie.
Après avoir utilisé la matière et l’atome comme sources de création, il s’inspire de tout ce qui touche à l’origine de la vie. Cependant, il ne se limite pas au domaine scientifique mais le lie au mysticisme et à la religion.
Le titre qu’il donne à l’une de ses œuvres les plus remarquables de cette période parle d’elle-même GALACIDALACIDESOXIRIBUNUCLEICACID (hommage à Crick et Watson) (1963).
Dennis Gabor, un autre lauréat du prix Nobel, a aussi influencé l’œuvre de Dalí. En 1971, ce physicien d’origine hongroise reçoit le prix pour ses recherches sur l’holographie. Cette technique photographique avancée permet de créer des images sur un support plat mais donnant l’effet d’être en trois dimensions grâce à l’utilisation d’un faisceau laser qui enregistre au microscope le film.
Le peintre trouve immédiatement des applications artistiques et utilise ce procédé pour présenter des œuvres, provoquant la confusion visuelle de ceux qui les contemplent, comme c’est le cas de « Dalí de dos peignant Gala vue de dos éternisée par six cornées virtuelles provisoirement réfléchies par six vrais miroirs. Œuvre stéréoscopique» (Dalí d’esquena pintant Gala vista d’esquena eternitzada per sis còrnies virtuals provisionalment reflectides a sis miralls vertaders. Obra estereoscòpica, 1972-1973).
Dans les dernières années de sa vie, Dalí s’intéresse à la théorie des catastrophes énoncée par le mathématicien français René Thom en 1950 et qui, à partir des années 70, gagne en reconnaissance grâce à son disciple Christopher Zeeman.
Le but de cette théorie est d’analyser les changements soudains dans des environnements apparemment stables et est basée sur la transformation de concepts abstraits en formes géométriques. Ces théories ont aidé Dalí à réinterpréter le mythe du ravissement d’Europe dans le tableau « L’enlèvement topologique d’Europe, Hommage à René Thom » (El rapte topològic d’Europa. Homenatge a René Thom) (c. 1983).